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« S’il n’y a pas de projet de loi, nous serons obligés de traiter Sarkozy de menteur »

nicolas sarkozy
Rédigé par : Harkis2012

 

Bernard Coll, président de Jeune Pied-Noir, dénonce les promesses non tenues du président de la République aux harkis et aux pieds-noirs.

Le Point.fr : Les associations de harkis et de pieds-noirs semblent aujourd’hui en vouloir à Nicolas Sarkozy. Pourquoi ?

 

nicolas sarkozy

Si je suis élu président de la République, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre de harkis

Bernard Coll : Le 31 mars 2007, Nicolas Sarkozy s’était officiellement engagé, s’il était élu, à reconnaître la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre des harkis, « afin que l’oubli ne les assassine pas« . Il les a oubliés. Comme il nous a oubliés, nous, pieds-noirs, alors qu’il nous a aussi promis, le 13 avril 2007, qu’il agirait de même avec notre communauté. Mais le même jour, dans cette réunion où il nous était interdit d’enregistrer ou de prendre des photos, il nous a expliqué qu’il devait avant, pour des raisons économiques, « renouer » avec l’Algérie, la soumettre à un échange pétrole-nucléaire, qui lui permettrait d’avoir un moyen de pression sur ce pays. Vingt personnes étaient présentes ce jour-là, elles pourraient témoigner. Le 5 décembre 2007, nous sommes à nouveau convoqués, cette fois à l’Élysée. Les télés, les radios sont là. On nous a prévenus que le président va reconnaître enfin le crime de l’État français, mais au dernier moment, alors que Nicolas Sarkozy revient d’Algérie, cette phrase a disparu. Sans doute, nous a-t-on expliqué, parce que si l’on reconnaît ce crime, il va falloir indemniser les familles, ce qui coûterait environ 40 milliards d’euros.

 

Pensez-vous qu’il est trop tard avant le premier tour du mois d’avril ?

 

Nous avons fait passer un message à Patrick Buisson, qui évoque parfois ce sujet avec le président Sarkozy : s’il n’y a pas de projet de loi allant en ce sens, nous serons contraints de le traiter de « menteur« . Nous avons assez attendu. C’est au chef de l’État de prendre l’initiative. Nous n’avons que ce moyen de pression : nos votes. Si l’on regarde en arrière, on constate que toutes les grandes lois sur les rapatriés sont passées juste après ou avant une élection présidentielle. Ce fut le cas pour la première loi, en 1970, sur l’indemnisation des rapatriés, qui était une promesse de Pompidou en 1969.

 

Quel est le bilan des tués après 1962 ?

 

Il y aurait eu environ 70 000 harkis assassinés, selon Marc Laffineur, notre actuel secrétaire d’État aux Anciens Combattants et aussi aux « rapatriés » (en réalité, les historiens le situent entre 80 000 et 100 000), et pour les pieds-noirs, le chiffre varie entre 1 500 et 4 000 tués. Certaines familles entières ont parfois disparu. Deux plaintes contre X pour crimes contre l’humanité ont été déposées en 2001 par les harkis et, en 2002, par les pieds-noirs, qui, pour ce qui nous concerne, portent sur 43 familles disparues. J’ai également connaissance de 1 300 dossiers classés secret-défense concernant des harkis qui ont réussi à s’échapper et à rentrer en France entre 1963 et 1975.

 

Dans leurs dépositions, on comprend que les filles pieds-noirs avaient été réduites à la prostitution et que les hommes étaient astreints au travail dans les mines jusqu’en 1965, date à laquelle ils ont été supprimés. Le gouvernement algérien voulait une Algérie sans Européens : elle a agi avec la complicité du gouvernement français en pratiquant une politique de terreur qui activait le retour des Européens en France. Ce plan d’abandon, Alain Peyrefitte l’expose lui-même dans un livre publié en octobre 1961, Faut-il partager l’Algérie, et dans un article d’Historia daté de mai 1980. Dernier exemple avec les harkis du camp de Bias, dans le Lot-et-Garonne. Des associations, en 1963, s’étaient émues des conditions de vie dans ce qui était un véritable mouroir. Un rapport gouvernemental avait répondu : « Ce résidu disparaîtra par voie d’extinction naturelle. » Est-ce une manière de traiter (sur son territoire) dans le pays des droits de l’homme des hommes qui avaient combattu pour la France ?

Propos recueillis par François-Guillaume Lorrain
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Harkis2012

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« S’il n’y a pas de projet de loi, nous serons obligés de traiter Sarkozy de menteur »

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