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Réconciliation bâclée avec les harkis

Le président a reconnu la responsabilité de la France dans l'abandon des harkis, une promesse qu'il avait faite avant d'être élu en 2007. © MAXPPP
Rédigé par : Harkis2012

Réconciliation bâclée avec les harkis.

Le président a reconnu la responsabilité de la France dans l'abandon des harkis, une promesse qu'il avait faite avant d'être élu en 2007. © MAXPPP

Le président a reconnu la responsabilité de la France dans l'abandon des harkis, une promesse qu'il avait faite avant d'être élu en 2007. © MAXPPP

par Elise Vincent

Il y avait le récit d’une réconciliation historique à écrire entre Nicolas Sarkozy, héritier du gaullisme, et les harkis. Une promesse de reconnaissance attendue, certes, depuis 2007, par cette communauté qui vieillit. Mais une réconciliation tout de même, qui a fini par arriver, le 14 avril, à Perpignan. Ce week-end de printemps, lorsque le chef de l’Etat a officiellement reconnu, cinq ans après s’y être engagé, la « responsabilité » de la France dans l’« abandon » des harkis, en 1962 – alors qu’ils étaient massacrés en Algérie car considérés comme des traîtres ayant combattu avec les troupes françaises -, il y avait tout pour croire à une manifestation sincère d’affection : embrassades, larmes… Tout, sauf l’élan naturel propre à ce genre d’émotions.

Ce 14 avril n’a pas laissé le sentiment d’apaisement qu’on attendait. Très vite, des représentants d’associations de harkis ont fait savoir qu’ils regrettaient que M. Sarkozy n’ait reconnu que « l’abandon » et pas « le massacre » des leurs, ce qui aurait pu ouvrir la voie à des réparations financières. Très vite, l’épisode a été balayé par le feuilleton de la campagne présidentielle, dont le premier tour se jouait huit jours plus tard.

Les raisons de cette impression amère sont multiples. Il y a, bien sûr, ce sentiment que « l’abandon » des harkis a surtout été reconnu dans le cadre d’une grossière pêche aux voix d’un président sortant en difficulté dans les sondages. Il n’était qu’à voir l’organisation serrée du déplacement de M. Sarkozy, ce 14 avril, pour comprendre qu’il n’y avait guère de temps prévu pour autre chose qu’un sujet de quelques minutes au journal télévisé du soir.

Dans le camp du président sortant, on se défend d’une réconciliation tronquée, en évoquant, notamment, des causes diplomatiques. Reconnaître le « massacre » des harkis, en plus de « l’abandon », aurait pu conduire à des frictions avec l’Algérie, pays avec lequel les relations sont déjà compliquées. Un sondage du quotidien El Watan, le 28 mars, est venu rappeler que 84 % des Algériens considéraient toujours « qu’il ne fallait pas (leur) pardonner ».

Mais les explications les plus révélatrices de cette reconnaissance à demi réussie se nichent surtout dans les détails de la relation nouée par M. Sarkozy avec les harkis durant son quinquennat. Et notamment dans ceux, emblématiques, du 31 mars 2007, jour où, encore candidat, il s’est aventuré à faire sa fameuse promesse de reconnaissance.

Ce jour-là, face à un petit groupe de harkis qui l’attendaient dans une salle de l’UMP, à Paris, le futur chef de l’Etat est arrivé avec une heure de retard, en polo. « Il venait de se disputer avec Cécilia », se souviennent des proches. Sur les vidéos, on entend sa voix, comme celle d’un élève récitant son exposé. Il bute sur les mots. Les « spahis » deviennent des « sahis ». La tête ne se lève des notes que pour laisser deviner une mine fatiguée.

Pendant ce temps, en coulisse, se joue une étonnante intrigue entre conseillers. On le sait moins, mais ceux-ci se sont disputés jusqu’à la dernière minute dans son dos pour savoir si M. Sarkozy devait ou pas, s’avancer à promettre la symbolique « responsabilité de laFrance ». Jusqu’au bout, ceux qui y étaient opposés – Chantal Jouanno, alors membre de l’équipe de campagne, et Renaud Bachy, président de la mission interministérielle aux rapatriés – ont cru qu’ils avaient gagné. Mais la phrase-clé a été introduite in extremis dans le discours. Et nul n’a jamais su par qui.

Malgré ce départ chancelant, M. Sarkozy a déployé de vrais efforts, durant cinq ans, pour tenter de conserver l’électorat harki courtisé par l’extrême droite. Pour les anciens, sensibles aux questions de mémoire, une fondation a vu le jour, en 2010. En février 2010, un projet de loi a été adopté au Parlement pour sanctionner pénalement les injures et diffamations à leur égard. Pour les enfants, englués dans de multiples difficultés sociales après des scolarités difficiles dans les camps ou les hameaux forestiers, un « plan emploi » a été réactivé. Quelque 5 700 personnes sur 8 100 identifiées en ont bénéficié. Et entre 2009 et 2012, un peu plus de 10 % des emplois réservés dans la fonction publique leur ont été attribués.

Mais il a toujours manqué à cette relation quelque chose qui relève finalement du style et de l’alchimie. M. Sarkozy n’a jamais caché son peu d’inclination pour la « repentance ». Il a été plus à l’aise pour sortir de l’anonymat deux filles de harkis, Jeannette Bougrab et Salima Saa, en les nommant respectivement secrétaire d’Etat chargée de la jeunesse et de la vie associative, et présidente de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances, que pour assister, chaque 25 septembre, à la journée annuelle de commémoration du drame harki. En cinq ans, il n’y est allé qu’une seule fois : en 2011. Cet embarras avec les mémoires contrariées s’est ressenti encore quelques semaines avant la reconnaissance officielle du 14 avril.

Cette fois-ci, c’était à Nice, à l’occasion d’un déplacement où M. Sarkozy cherchait déjà à séduire l’électorat rapatrié. Pensant que cela suffirait, il s’est contenté d’admettre que la France avait commis une « forme d’abandon » des harkis, ajoutant maladroitement : « C’est fait, maintenant pardonnez. » La formule a choqué. Et ajoutée aux cinq années d’attente, aux heures de retard et à l’électoralisme sommaire, elle a achevé de bâcler la réconciliation du 14 avril, qui était pourtant, elle, un vrai moment historique.

 

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Réconciliation bâclée avec les harkis

Par Harkis2012 Temps de lecture: 4 min
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