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Pénaliser les injures contre les harkis : la loi votée ne tient pas la route

Rédigé par : Harkis2012

[gn_members style= »1″ login= »1″]Pénaliser les injures contre les harkis : la loi votée ne tient pas la route

Algériens partisans du maintien de la présence française, les harkis ont largement été massacrés à l’issue de la guerre et sont encore souvent mis en cause. Plusieurs associations se battent pour que leurs droits soient respectés. Charles Tamazount, président de « Harkis et vérité » nous explique pourquoi la loi votée lundi par l’Assemblée est insuffisante.

> Par Charles Tamazount Juriste, fils de harkis

Charles Tamazoun

Charles Tamazoun

Je suis né il y a près de 38 ans dans un camp de harkis. J’ai fondé en 2001 le Comité « Harkis et vérité », la première association de défense juridique de ces populations, car il y avait une réelle carence dans le domaine du droit des harkis, notamment pour porter les attentes de cette population.

La première revendication, pour les associations qui défendent les harkis, c’est la reconnaissance de la responsabilité des gouvernants français de 1962 dans l’abandon, les massacres de harkis et le parcage des rescapés dans des camps en France. Notre seconde revendication, c’est de faire que les harkis soit une population protégée contre les injures et les diffamations, comme toutes les autres.

 

Visite aux harkis du Général de Gaulle (Sipa)

Visite aux harkis du Général de Gaulle (Sipa)

 

Des injures qui ne tombent pas sous le coup de la loi

Or, des injures envers les harkis, on en relève régulièrement. Et le pire, c’est qu’elles sont souvent prononcées par des élus ou même des membres du gouvernement ! La dernière en date, c’est celle de Dominique Bussereau, ministre des Transports, qui a traité les centristes humanistes rejoignant Ségolène Royal de « harkis ». Avant lui, Pierre Lellouche a jugé que les électeurs de l’UDF qui rejoignaient en 2007 Sarkozy n’étaient « pas des harkis ». En 2006, Raffarin a dénoncé le fait que les centristes soient « les harkis de l’UMP » et enfin, l’inénarrable Georges Frêche les a traités de sous-hommes.

Ces injures proférées par des élus n’ont pu être sanctionnées pénalement devant les tribunaux.

C’est pour cette raison qu’il faut un texte de loi qui tienne la route ! Personnellement, en tant qu’enfant de harki et juriste, je ne peux admettre cette situation qui veut que les harkis soient la seule composante de la société française à ne pas être protégée contre les injures et la diffamation. Les enfants de harkis demandent à être reconnus au niveau national.

Depuis ma plus tendre enfance, je n’ai jamais observé d’action positive des pouvoirs publics à l’égard des harkis. Les enfants de harkis étaient jugés « irrécupérables ». Moi, j’ai eu de la chance. Une institutrice a cru en moi et en mes capacités pour réussir dans les études, mais ce n’est pas hélas le cas de la plupart des enfants de harkis condamnés à l’échec social.

Une population que l’on cache


On nous a parqués dans des camps, on nous a donc fermé la porte de la promotion sociale. J’ai toujours eu le sentiment que l’on avait tout fait pour étouffer cette population. Je n’ai eu accès à l’école publique nationale qu’à l’âge de huit ans. Avant, c’était l’école au sein du camp entre enfants de harkis. Nous avions des libertés restreintes, pas d’accès aux services publics, la vie du camp était très encadrée et les sorties, rares. Nous étions les témoins gênants de la fin de la guerre d’Algérie. On nous a cachés, pour ne pas que l’on nous voit.

Malgré cette dure réalité, j’ai un profond respect pour la République, mais pas pour ceux qui ont dévié des valeurs républicaines pour administrer les harkis et leurs familles dans des camps en France. Quand on est enfant de harki, pour s’en sortir, c’est particulièrement difficile.

Je sais que pour le citoyen lambda, il n’est pas facile de croire que cette situation a vraiment existé parce que ce sont des traitements inhumains. Mais c’est le cas. Et puis, enfants, nous avons tous appris l’histoire de la guerre d’Algérie de manière très édulcorée. Aujourd’hui, la vérité progresse.

La proposition de loi, « un pétard mouillé »

C’est pour tout cela que j’ai fondé l’association « Harkis et vérité », pour faire évoluer les choses. Les mesurettes sociales de Nicolas Sarkozy ne sont pas suffisantes. La proposition de loi qui a été votée hier l’a été à contre-cœur, par le PS comme par l’UMP, car tous les amendements pour améliorer le texte ont été repoussés. C’est un texte qui ne mentionne à aucun moment le mot « harki ». C’est donc un texte a minima qui a été adopté, vidé de tout son intérêt.

 

Cérémonie d'hommage aux harkis en 2006 (Sipa)

Cérémonie d'hommage aux harkis en 2006 (Sipa)


 

La loi en question protège les membres supplétifs de l’armée. Or, ce ne sont pas explicitement les « membres supplétifs de l’armée » qui sont insultés mais bien les harkis. C’est par conséquent ce mot qui doit apparaître dans le texte. Les amendements présentés par les députés allaient dans ce sens, mais ils ont été rejetés par le gouvernement.

Le gouvernement veut passer en force un texte à présenter devant les populations rapatriées avant les élections. Or, Sarkozy avait pris l’engagement de reconnaître la responsabilité de l’Etat dans l’abandon des harkis et il n’a rien fait. Maintenant, il présente ce pétard mouillé, cet écran de fumée.

 Nous espérons que lorsque le texte sera examiné au Sénat, de nouveaux amendements pourront être acceptés.

Propos recueillis par Louise Pothier

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