Témoignages

« Les militaires avaient gagné la guerre »

« Les Algériens n’ont pas respecté les accords d’Évian : il y a eu beaucoup de massacres après le 19 mars 1962, dont celui des harkis ».? Credit : photo : jean-marc schaer
Rédigé par : Harkis2012

www.lamontagne.fr – Allier – MOULINS (03000) – « Les militaires avaient gagné la guerre ».

« Les Algériens n’ont pas respecté les accords d’Évian : il y a eu beaucoup de massacres après le 19 mars 1962, dont celui des harkis ».? Credit : photo : jean-marc schaer

« Les Algériens n’ont pas respecté les accords d’Évian : il y a eu beaucoup de massacres après le 19 mars 1962, dont celui des harkis ».? Credit : photo : jean-marc schaer

 

Cinquante ans ont passé et le ton est certainement plus apaisé. Mais l’ancien parachutiste conserve des convictions (et des souvenirs) sur cette guerre d’Algérie « gagnée sur le terrain mais perdue pour raison politique ».

Retiré des affaires après une première carrière dans l’armée dont il est sorti lieutenant-colonel, puis une seconde passée dans le civil à la DGSE en Afrique de l’ouest, Alain de Lajudie est un paisible retraité mais un retraité qui n’oublie pas ses frères d’armes : il est aujourd’hui le président national de l’association des combattants de l’Union Française qui regroupe des anciens d’Indochine et d’Algérie, deux conflits qu’il connaît bien, et pour cause.

Kabylie et Aurès « En Indochine, j’ai fait les dernières années, mon régiment de parachutistes a failli sauter sur Diên Biên Phu, mais finalement, on nous a envoyés chercher un bataillon dans l’Anam qui était étrillé ».

L’Algérie ensuite. Il y arrive en 1959. Toujours parachutiste, il saute régulièrement sur la Kabylie et les Aurès. « Dans mon régiment, on était Algérie Française, même si on n’était pas forcément tout le temps d’accord avec les Pieds Noirs qui nous agaçaient parfois : nous, on se battait dans le Djebel pendant qu’eux, ils faisaient les c… à Alger. Et puis, il y avait Pieds Noirs et Pieds Noirs : ceux qui vivaient comme les Arabes, qui allaient à l’école avec eux, et ceux qui les faisaient bosser très dur comme au XIX e siècle ».

Au moment du putsch, son régiment est de la partie et soutient les généraux « félons ». « Cela nous valu d’être dissous et rapatriés dès juillet 1961 avant d’être intégré dans un régiment d’infanterie ».

Aujourd’hui, avec le recul, Alain de Lajudie évoque cet épisode, y compris l’OAS, sans faux-fuyant : « Il faut comprendre ces militaires : ils avaient gagné la guerre sur le terrain, mais on les a lâchés. Sans compter qu’on leur a demandé de faire la police, un rôle qu’ils ont mal accepté. De Gaulle, qui avait été un visionnaire en 1940 et qui était un militaire, n’aurait pas dû s’étonner qu’un certain nombre se révolte ».

Y avait-il une autre manière de faire que celle qui a finalement mené à l’indépendance de l’Algérie ? « Je ne sais pas mais ce dont je suis certain, c’est qu’entre 1954 et 1962, on a fait des choses, comme la construction d’écoles ou de puits, qui auraient dû être faites beaucoup plus tôt. Et on a fait de grosses erreurs. Cela avait commencé en Indochine quand on avait créé des citoyens de seconde zone, puis ça s’est poursuivi en Algérie avec les caïds. Cela ne pouvait pas tenir, d’autant qu’en face, le FLN a systématiquement éliminé tous ceux qui nous étaient favorables, comme les gens du MNA de Messali Hadj ».

Il poursuit : « En réalité, s’il fallait bien que la guerre s’arrête, elle ne s’est pas arrêté correctement : on a laissé massacrer beaucoup de gens après les accords d’Évian, notamment les Harkis. Des gens ont disparu, on a éludé. Pour ma part, j’ai entendu parler de la disparition d’un groupe de 22 militaires bien après le 19 mars. Personne n’a jamais bougé ».

Hervé Moisan

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« Les militaires avaient gagné la guerre »

Par Harkis2012 Temps de lecture: 2 min
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