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Les Harkis oubliés de « Saint-Laurent-des-Arabes »

Rédigé par : Harkis2012

Les harkis oubliés de « Saint-Laurent-des-Arabes »

Un extrait de la couverture du livre Saint-Laurent-des-Arabes. | Photo Daniel Blancou/Editions Delcourt

Un extrait de la couverture du livre Saint-Laurent-des-Arabes. | Photo Daniel Blancou/Editions Delcourt

 

Alors que l’on a commémoré le 18 mars dernier les cinquante ans des accords d’Evian qui mettaient fin à la guerre d’Algérie, l’auteur de bande dessinée Daniel Blancou revient sur le sort réservé aux harkis du camp de Saint-Maurice-l’Ardoise par le témoignage de ses parents, instituteurs.

Interview Yannick Vely – Parismatch.com

ParisMatch.com. «Retour à Saint-Laurent-des-Arabes» raconte l’histoire de vos parents. Quand et pourquoi avez-vous décidé de l’exploiter en bande dessinée?
Daniel Blancou: Comme je suis auteur de bande dessinée, je suis allé au plus simple (rires). Je me suis aussi rendu compte qu’il y avait la possibilité d’apporter un témoignage inédit sur notre Histoire, le récit de deux professeurs qui ont enseigné dans la communauté des harkis. Mes parents m’ont toujours parlé de ce camp et de leur vécu avec la population, mais ils me racontaient plutôt les bons souvenirs, quand ils étaient invités pour la fête de l’Aïd. Avec ce projet, j’ai découvert une face plus sombre. Je me suis beaucoup documenté. Il fallait vérifier les propos de mes parents. Je ne doutais pas de leur bonne foi, mais ils témoignaient 35 ans après la fermeture du camp et l’on sait que les souvenirs se déforment et se reconstruisent. Mes parents sont des témoins de ce qu’a vécu la communauté des harkis. Ils n’ont pas tout vu et je voulais aussi le préciser dans la bande dessinée, que l’on comprenne qu’ils n’avaient pas tout compris de la situation qu’ils vivaient. Quand ils sont arrivés au camp, ils n’avaient que 20 ans et étaient naïfs. Ils n’ont découvert la réalité du camp qu’au fur et à mesure des neuf ans qu’ils y ont passé. Pour compléter le récit, j’ai rencontré des anciens élèves, d’autres personnes qui ont travaillé sur place.

Comment avez-vous abordé le scénario?
Je voulais raconter l’histoire de ce camp d’un point de vue chronologique. J’ai dû couper de nombreuses anecdotes qui étaient intéressantes mais qui coupaient le rythme de la narration. Le camp était un lieu clos sur lui-même, une bulle que les harkis ont fini par faire éclater. En théorie, ils étaient libres mais dans la pratique les gens restaient cantonnés dans le camp militaire. Mes parents eux-mêmes au fil des années se sont immergés dans la vie du camp et ont fini par oublier qu’ils vivaient en France. Je me suis également beaucoup documenté sur le lieu. Je voulais rendre compte de la géographie de la Corrèze et être fidèle sur le plan de la reconstitution. Je n’ai pu récolter que deux photos du camp mais j’ai retrouvé des plans militaires et surtout je me suis servi des témoignages des anciens élèves pour m’approcher au maximum de la véracité. C’est important pour ceux qui ont vécu là-bas que ce soit le plus fidèle possible.

« Le vécu de chacun est différent »

Les cicatrices du passé sont encore présentes?
Oui, on ressent qu’il reste une blessure que le temps ne permet pas de cicatriser totalement. Il était important pour mes parents qu’il y ait aussi une forme d’affection de la part des anciens élèves, qu’ils ne soient pas oubliés. Je ne peux pas répondre de façon analytique à la question. Ce n’est pas mon métier et je n’ai pas le recul et la connaissance nécessaires. Je voulais juste retranscrire un témoignage et rester à hauteur d’homme. J’ai montré quelques planches aux anciens élèves et ils sont plutôt enthousiastes.

Avez-vous songé à recueillir la parole de votre frère, que l’on voit sur certaines planches ?
Mon frère se souvient précisément du camp et il m’a dit : «Il faut que tu mettes des harkis avec des mobylettes». J’ai réussi à glisser ce souvenir mais je n’ai pas cherché à recueillir précisément son témoignage. Un moment la question des souvenirs des anciens élèves s’est également posée mais le vécu de chacun est différent et j’ai préféré rester sur mes parents et je trouve que les manques dans leur récit sont tout aussi intéressants.

La bande dessinée s’ouvre de plus en plus aux témoignages historiques. Comment expliquer cette tendance?
De nombreux auteurs ont défriché le terrain avec talent et cela donne envie de suivre le courant. Même si je suis naturellement enclin à des fictions plus légères, ce livre m’a donné envie de poursuivre dans cette approche. J’ai choisi un dessin réaliste par respect pour le sujet et aussi pour mes parents. Si cela donne envie aux gens d’explorer le contexte historique plus profondément, j’en serai ravi. En travaillant sur le sujet, j’ai découvert qu’il existait toujours un camp de réfugiés de la Guerre d’Indochine, près d’Agen et c’est une histoire aussi éloquente que celle des harkis.

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Harkis2012

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Les Harkis oubliés de « Saint-Laurent-des-Arabes »

Par Harkis2012 Temps de lecture: 4 min
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