Témoignages

La question des harkis : regards croisés des deux côtés de la Méditerranée

Enfants de harkis dans le camp de rivesaltes en 1962
Rédigé par : Harkis2012

La question des harkis : regards croisés des deux côtés de la Méditerranée | The Observers.

 

Enfants de harkis dans le camp de rivesaltes en 1962

Enfants de harkis dans le camp de rivesaltes en 1962

Alors que l’Algérie fête en grande pompe le 50e anniversaire des accords d’Evian (18 mars 1962) qui ont marqué la fin de la guerre d’Algérie, l’épineuse question des harkis refait naturellement surface des deux côtés de la Méditerranée.

Les harkis, ces Algériens de confession musulmane engagés dans l’armée française durant la guerre d’Algérie, sont perçus encore aujourd’hui comme des « traîtres » ou des « collaborateurs »
À la fin de la guerre, certains ont pu trouver refuge en France métropolitaine, où ils furent accueillis avec femme et enfants dans des camps militaires insalubres et confinés, complètement coupés de l’extérieur. Mais la grande majorité n’a pu être emmenés, et plusieurs milliers d’entre eux furent massacrés. Abandonnés par la France, ostracisés par l’Algérie, les harkis disent avoir vécu l’horreur et attendent désespérément d’être réhabilités.
Nous avons donc décidé de confronter deux témoignages : celui d’un de nos Observateurs en Algérie, et celui d’un fils de harkis né en France. Tous deux ont accepté de témoigner sur ce sujet controversé que l’État algérien a jeté aux oubliettes de l’Histoire et expurgé des manuels scolaires.
Abdelkrim Mekfouldji, 58 ans, habite Blida.

Abdelkrim Mekfouldji, 58 ans, habite Blida.

 

[gn_quote style= »1″]Les gens de ma génération, qui sont nés pendant la guerre d’Algérie, ont grandi dans un climat de haine. À cette époque, les enfants de harkis n’avaient pas, par exemple, accès à l’école, et les droits les plus élémentaires leur étaient refusés.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus de se demander si leur engagement dans les rangs de l’armée française fut un acte de trahison, l’heure doit être au pardon. Alors bien sûr, ceux qui ont perdu un ou plusieurs membres de leur famille pendant la guerre ne sont probablement pas encore prêts à pardonner. Tout comme les membres du parti au pouvoir, le FLN [Front de libération nationale, parti politique créé en 1954 pour obtenir de la France l’indépendance de l’Algérie] qui, par leurs déclarations tonitruantes et leur propagande, continuent d’alimenter un sentiment de haine vis-à-vis des harkis.

En réalité, l’espoir vient des jeunes qui sont majoritaires dans la société algérienne. Le sentiment de trahison dont leurs aînés ont beaucoup souffert, ils n’en ont cure. Ils sont de fait favorables au dialogue, à l’échange. Par le biais des réseaux sociaux, beaucoup entrent en contact avec les enfants de harkis qui ont fui l’Algérie pour la France. Ils parlent librement d’un sujet qu’on a toujours voulu cacher au peuple algérien.

Quand les caciques du pouvoir – anciens combattants du FLN pour la plupart – cèderont la place à une autre génération de dirigeants, je suis persuadé que le regard porté sur les harkis changera radicalement. »

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Charles Tamazount, 38 ans, est un fils de harki.

Charles Tamazount, 38 ans, est un fils de harki.

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Je suis né il y a trente-huit ans dans un camp à Vias, dans le Lot-et-Garonne, en pleine prospérité économique. Notre camp était entouré de barbelés et de grillages. Les entrées et les sorties étaient extrêmement réglementées. De fait, nous étions coupés du monde, l’école de la République française nous était interdite, nous étions parqués entre enfants de harkis. Aujourd’hui, beaucoup portent les séquelles de cette vie en vase clos.

Je fais confiance au temps pour apaiser les tensions, faire un vrai travail de mémoire. Désormais, les enfants de harkis dialoguent avec ceux  issus de l’immigration algérienne. Ce rapprochement était impensable il y a encore vingt-cinq ans. Le temps et un vrai travail sur la vérité historique ont fait leur œuvre. Les connaissances sur la complexité et les enjeux de cette guerre se sont renforcées.

Cinquante ans après la fin de la guerre, il reste toutefois de nombreuses zones d’ombres. En Algérie, les mentalités changeront peut-être un jour… Quant à l’Etat français, il doit reconnaître sa responsabilité dans l’abandon et les massacres de harkis. Nous sommes fiers de ce que nos parents ont fait, nous ne renierons jamais rien.

Pour regarder devant, il faut être attaché à notre passé et en être solidaire. Mon conflit, c’est avec la France que je l’entretiens, pas avec l’Algérie. »

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La question des harkis : regards croisés des deux côtés de la Méditerranée

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