Portraits

Harkis en terre bretonne

Ali Slidja
Rédigé par : Harkis2012

Algérie. Harkis en terre bretonne – Bretagne – Le Télégramme.

20.000 harkis (*) auraient trouvé refuge en France, accompagnés par leurs femmes et leurs enfants. Soit 91.000 personnes en tout. La plupart dans le sud de la France. Seules vingt familles se sont retrouvées dans le camp d’accueil de Saint-Avé (56). Dont celle d’Ali Slidja qui réside toujours près de Vannes.

«J’ai toujours été français. Je me suis toujours considéré comme français à part entière. Mon histoire n’a rien à voir avec celle d’un immigré algérien. Je ne suis pas venu chercher du travail ici. J’étais militaire de carrière. J’appartenais au 21erégiment d’infanterie de Ténès», insiste Ali Slidja, confortablement installé dans le canapé de son salon. Cette histoire forte entre la France et sa famille n’a pas commencé en 1954, au début de la guerre. Ali Slidja a eu l’opportunité de fuir sa terre natale après la signature des accords d’Évian (18mars1962). Et d’échapper ainsi aux hommes du FLN (Front de libération nationale) assoiffés de vengeance, qui auraient exécuté, sans autre forme de procès, 60.000 harkis après le cessez-le-feu.

«Retrouver une vie normale»

«Je suis arrivé en métropole avant ma femme. J’ai transité par le grand camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). On était encadré par l’armée. Avec trois ou quatre camarades, on nous a proposé de nous installer en Bretagne. C’est ce qu’on a fait. Ici ou ailleurs, il n’y avait pas de différence pour nous. On voulait retrouver une vie normale. Ma femme m’a rejoint une fois que j’ai eu du travail». Dans un coin de la pièce, la principale intéressée, qui préfère taire son prénom, acquiesce. «J’ai traversé la Méditerranée sur un bateau avec mes enfants. L’aîné avait trois ans, ma petite quelques mois. J’ai su tout de suite que je quittais ma ville natale et une partie de ma famille pour toujours».

«Les gens se méfiaient de nous»

Ali, après une formation de ferrailleur en bâtiment, trouvera un poste stable. Et un toit, dans le camp de la Terre Rouge, à Saint-Avé, près de Vannes. Des baraquements construits tout spécialement pour accueillir les familles de harkis. «Effectivement, c’était propre et neuf. Mais les pièces étaient minuscules. On n’avait que deux chambres pour nous et nos enfants», poursuit Ali. «C’était humide. Les enfants étaient toujours malades», précise sa femme. «Les gens se méfiaient de nous. On vivait vraiment à l’écart des autres». Les Slidja sont restés dix ans dans le camp de Saint-Avé, avant de prendre possession des clés d’un appartement HLM à Vannes, dans le quartier de Conleau, tout proche de la mer. «Là-bas, on était bien. On était en contact avec des gens d’ici. Ça se passait très bien». En 1990, après avoir mis de l’argent de côté, le couple fera l’acquisition d’un pavillon à proximité de Vannes. Maison qu’il occupe toujours aujourd’hui.

Ali a tiré un trait

«Les gens, en métropole, n’ont pas pris conscience des malheurs que nous avons endurés. Rares étaient ceux qui savaient vraiment ce qui s’était passé. Personne ne les informait. Ils avaient du mal à concevoir que, dans leur armée, il y avait des combattants musulmans qui se battaient pour l’Algérie française». Ali a tiré un trait définitif sur l’Algérie. Sa femme, en revanche, y est retournée, il y a quelques années, au chevet de sa sœur qui était extrêmement souffrante. «C’était mitigé. J’étais contente de revoir Ténès, où mon mari et moi avions laissé nos deux maisons familiales. Mais je craignais vraiment pour ma sécurité. Et puis en tant que Française, j’ai eu beaucoup de mal à avoir un visa. Ça a été tellement long que je suis arrivée après le décès de ma sœur».

* Personne d’origine algérienne ayant servi dans l’armée française pendant la guerre d’Algérie.

  • Didier Déniel

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Harkis en terre bretonne

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