Témoignages

Guerre d’Algérie : « les a priori ne servent pas l’Histoire »

Dominique Bodel, qui enseigne au lycée Colbert, aime faire la part belle aux témoignages histoire de «sortir de la parole du prof ».
Rédigé par : Harkis2012

Guerre d’Algérie : « les a priori ne servent pas l’Histoire »

Dominique Bodel, qui enseigne au lycée Colbert, aime faire la part belle aux témoignages histoire de «sortir de la parole du prof ».

Il y a 50 ans s’achevait la guerre d’Algérie. Des lycéens de Colbert ont participé à un colloque sur ce thème. Dominique Bodel, leur prof, explique en quoi les témoignages les ont éclairés.

PROPOS RECUEILLIS PAR FANNY SAINTOT > [email protected]


Cinquante ans après, la guerre d’Algérie reste un sujet sensible. Avez-vous hésité avant de participer à ce colloque organisé à l’initiative d’associations d’anciens combattants et de Harkis ?

>> Le sujet reste délicat mais je n’ai pas hésité, sinon on reste sur des a priori. Cela ne sert personne, surtout pas l’Histoire.
Pourquoi privilégier les témoignages ?

>> C’est important dans des moments de brutalisme et de mémoire blessée. On sort de la parole du prof, ce n’est plus le cours en tant que tel. Tous les ans, je fais le concours de la Résistance, je fais venir des déportés. C’est important parce que les témoins disparaissent. Et un négationnisme a commencé à apparaître à partir des années 70. Le génocide juif reste une blessure profonde dans la mémoire nationale. Cela s’est produit au cœur de la civilisation européenne.

En quoi la guerre d’Algérie est-elle une période plus compliquée à aborder ?

>> On commence seulement à trouver des documents qui n’étaient pas accessibles avant. L’exode des pieds noirs, les rapatriés, c’est un traumatisme. Les tensions restent fortes même si les choses s’apaisent.

Cet apaisement passe-t-il aussi par le message qui est délivré aux élèves ?

>> Il y a le témoignage et il y a l’Histoire. C’est intéressant qu’il y ait les deux. Cela passe par un effort d’explicitation. Avec le temps, aussi. Les nouvelles générations n’ont pas le même ressenti que leurs aînés. Plus on en parlera, et plus la parole sera ouverte et diverse. Si on refuse de l’évoquer parce qu’il y a des élèves d’origine maghrébine, c’est une erreur. Au contraire, il faut avoir la réflexion.
Vos élèves ont été émus et marqués par les témoignages de Harkis, que certains considéraient, a priori, comme des traîtres…

>> Harkis, ça veut dire « homme en mouvement », ça ne veut pas dire traître. Durant cette guerre, ils ont été floués des deux côtés, leur sort a été celui de parias. Et quand ils sont rentrés, ils ont été marginalisés pendant des années, économiquement et socialement. Ils n’ont pas été protégés, ni en Algérie, ni en France. Leurs témoignages ont plu aux élèves car ils étaient très incisifs. Les jeunes ont été frappés par le fait que les choses étaient beaucoup plus complexes que ce qu’ils croyaient. Qu’il n’y avait pas les bons d’un côté, les méchants de l’autre. Un tel non-dit, un tel poids des préjugés pèsent sur les Harkis qu’ils ont une grande soif de reconnaissance de dignité. Lors de ce colloque, ils ont parlé fort, comme par peur qu’on leur vole une parole qui devait être dite. Ils ont besoin qu’on sorte de l’infamie, de craquer les préjugés. D’ailleurs l’an prochain, j’aimerais les inviter à témoigner au lycée.

Les élèves ont-ils nuancé leurs idées sur la guerre d’Algérie ?

>> Ils sentent bien qu’il faut sortir d’une sorte de manichéisme. Et ce faisant, que chacun conçoive que ce qu’il détient n’est pas la vérité tout entière

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