Témoignages

France/Monde | « Si les Harkis manifestent un jour, je serai au premier rang avec eux » – Le Progrès

Rédigé par : Harkis2012

France/Monde | « Si les Harkis manifestent un jour, je serai au premier rang avec eux » – Le Progrès.

Photo Stéphane Guiochon

Photo Stéphane Guiochon

 

Théâtre. Alors que l’on célèbre les 50 ans du cessez-le-feu en Algérie, l’actrice Marthe Villalonga qui a passé sa jeunesse à Maison-carrée se souvient. Non sans amertume.

 

Le jour de votre anniversaire coïncide presque avec celui de la signature des accords d’Evian. Que représentent-ils pour vous ?

La trahison.

Vous aviez quitté l’Algérie en 1957, comment avez-vous vécu les événements ?

J’ai eu la chance de rentrer en France à 20 ans passés, pour jouer une pièce de théâtre à Paris. Elle devait être à l’affiche trois semaines. Elle a tellement bien marché qu’on m’a proposé de rester un an. Je ne suis plus repartie en Algérie, j’allais juste voir mes parents de temps en temps. Je n’ai donc pas eu personnellement de problèmes avec le retour. J’avais plein de copains, personne ne m’a fait de réflexions désobligeantes. Je souffrais car je lisais les journaux. Ma famille est rentrée en 1963. Elle voulait rester, mais mon père, qui tenait un café, avait été menacé par un type du FLN.

Quels souvenirs gardez-vous de cette vie là-bas ?

Je suis née à Fort-de-l’eau au domicile de mes grands parents, mais j’ai toujours vécu à Maison-carrée. Ma grand-mère tenait un cinéma, doté d’une grande salle. Le dimanche après-midi, il y avait un grand bal. Tous les enfants étaient à l’orchestre et ma mère accompagnait souvent au piano les films muets.

Pourquoi n’avez-vous jamais voulu retourner là-bas ?

J’ai des souvenirs tellement formidables que je ne veux pas qu’on me les abîme. Je veux les garder dans ma tête et dans mon cœur. Je ne veux pas voir si ma maison a été détruite. Je ne retournerai jamais là-bas.

Comment se traduit aujourd’hui votre attachement à la communauté pied-noir ?

Je suis pied-noir avant tout, et française. Je suis très engagée moralement pour les Harkis. S’ils manifestent un jour, je serai au premier rang avec eux. Nous, on était français, on parlait la langue, ce n’était pas le cas pour tous. On les a parqués comme des animaux, alors qu’ils se sont toujours battus pour la France. Il ne faut pas non plus oublier les tirailleurs sénégalais et les tabors marocains. Ils étaient engagés depuis 14-18 et on leur a donné un coup de pied aux fesses ! Quand on est partis, on les a laissés derrière nous, certains se sont fait égorger. Je ne peux pardonner cela. Quand on l’évoque, je sens monter l’adrénaline et je pourrais devenir virulente.

Suivez-vous la campagne électorale ?

Non, je ne veux pas me mêler de politique.

Vous êtes à l’affiche de deux films qui vont sortir en fin d’année (1). Votre coup de gueule de 2010 a porté ?

Il n’a pas été compris : j’ai dit qu’il y avait des comédiens formidables qu’on ne voyait jamais au cinéma et à la télévision. Je ne parlais pas pour moi. On m’a moins vue car j’enchaînais les pièces au théâtre. Le hasard a fait que j’ai eu ces deux propositions alors que j’avais décidé de mettre un frein sur la scène.

Pourquoi ?

Quand je commence une pièce à Paris, j’en ai pour deux ans avec la tournée. Les années passent et j’ai envie de me faire plaisir en dehors du métier : voyager, voir les spectacles des autres…

Avez-vous eu le sentiment de vous laisser enfermer dans un type de personnage (mère juive) alors que vous n’êtes ni l’une ni l’autre, et que vous avez du potentiel pour des rôles plus graves, comme l’a décelé Téchiné ?

J’aime faire rire, j’ai toujours eu cela en tête, petite, dès 6 ans. Au théâtre, je ne pourrais faire autre chose car le public attend cela de moi. Et quand on entend une salle entière qui rit, c’est le pactole. Pour « Ma saison préférée », j’ai été nominée aux Césars (meilleure actrice dans un second rôle), mais après on ne m’a rien proposé dans ce sens…

La retraite à 80 ans, qu’en pensez-vous ?

J’aime la vie, j’ai la chance d’être en bonne santé, je fais mon métier, je suis portée par le public, cela marche bien, je suis ravie. Je veux mettre un frein mais si on me propose un rôle où je n’ai pas à courir, ni à apprendre un texte difficile, je ne dis pas non !

(1) — Nous York de Géraldine Nakache et Hervé Mimran, et Les Turfistes de Fabien Onteniente.

Propos recueillis par Isabelle Brione

A propos de l'auteur

Harkis2012

Commenter

France/Monde | « Si les Harkis manifestent un jour, je serai au premier rang avec eux » – Le Progrès

Par Harkis2012 Temps de lecture: 3 min
0