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France/Monde | La longue marche de Jacques le harki

Le camp de transit de Rivesaltes de triste mémoire Photo Albert Bellat
Rédigé par : Harkis2012

France/Monde | La longue marche de Jacques le harki – Le Progrès.

Le camp de transit de Rivesaltes de triste mémoire Photo Albert Bellat

Le camp de transit de Rivesaltes de triste mémoire Photo Albert Bellat

La tragédie des supplétifs musulmans.
Jacques Houassi a échappé à la répression meurtrière des harkis abandonnés par la France.

Il avait 10 ans en 1954. Mais très vite, les événements ont emporté le jeune homme qui parviendra, grâce à la Croix-Rouge, à gagner la métropole…

Il avait tout fait pour échapper aux fellaghas. Il avait 15 ans lorsqu’ils sont venus le chercher, pour « servir d’interprète », car « je parlais bien français et algérien ». Son père refusa mais il chercha conseil auprès de l’armée française qui accepta dans un premier temps de l’accueillir, en trichant sur son âge. Puis ce fut un passage au « C.F.J.A. », ces « centres de formation de la jeunesse algérienne » constitués par les autorités françaises. Mais Jacques Houassi, grâce à un officier du 3 e Bureau, est finalement engagé dans l’armée. Il y sert notamment d’interprète. Après le 19 mars 1962, cependant, tout va changer. En juillet, il bénéficie d’une permission pour retourner dans sa famille, à M’sila, en Kabylie. Mais à peine arrivé, « on a frappé à la porte. Quelqu’un venait s’assurer si j’étais revenu pour de bon… ».

Son père comprend. « Il faut que tu partes, vite… ». Commence alors pour Jacques Houassi une longue aventure. « J’ai pris un car, je suis parti pour Bou Saada puis le lendemain à Alger, à la Cité la Montagne. Mais j’avais été suivi depuis M’sila. On m’a arrêté le soir même ».

En voiture, Houassi est ramené à M’sila avec des étapes humiliantes : « On me descendait de village et village pour me faire insulter, cracher dessus. Je suis arrivé complètement massacré ». A M’sila, à la caserne des GMS, 200 harkis étaient internés. « On nous faisait faire des travaux inutiles. On avait une flûte de pain pour douze. On buvait dans un bassin pour les chevaux. On est resté 3 à 4 mois. Puis on a été transféré à la prison de Batna, dans des camions : les femmes, les gosses nous jetaient des pierres, crachaient dessus »

C’est finalement grâce à plusieurs visites de la Croix-Rouge que le harki Houassi va s’en sortir. « J’ai été sévèrement tabassé parce que j’avais dit à la Croix-Rouge que nous n’étions pas des détenus de droit commun comme le disait le directeur ». Il a fallu de longues semaines pour que la Croix-Rouge, intervenant avec un détachement de l’armée française, viennent le chercher. « Seuls les jeunes ont accepté de partir pour la France. Les plus vieux, il faut les comprendre, ont voulu rester avec leur famille ». Houassi passera encore trois mois dans une caserne occupée par les Français, à Philippeville. Il a contacté ses parents pour leur demander de tout faire pour le rejoindre en France où il arrive enfin, en août 1963, à Marseille. Mais comme beaucoup, il est dirigé sur le camp de Rivesaltes de triste mémoire, le même qu’avaient connu Républicains espagnols puis juifs et tziganes. Houassi, en conflit avec le capitaine du camp, est contraint de partir : « On m’a donné un vieux costume taille 52 – je faisais du 36 – et 200 francs, un billet de train ». Destination Lyon. Où il se rend à la préfecture et grâce à l’appui de plusieurs officiers il va trouver du travail et s’installer définitivement dans la ville. Echappé d’un enfer où, par milliers, harkis, mogazhnis et autres supplétifs n’ont pu trouver de planche de salut…

Chronologie

14 mai 1958 :

Massu en appelle au Général de Gaulle, lequel est alors officiellement en retrait de la vie politique même si ses partisans s’agitent dans l’ombre, et notamment à Alger, pour favoriser son retour.

15 mai 1958 : le général de Gaulle se déclare prêt à assumer les pouvoirs de la République. René Coty, président de la République, le nomme à la présidence du conseil. C’est la fin de cette IV e République dont de Gaulle voulait la perte et bientôt le début de la V e.

4 juin 1958 :

Voyage de de Gaulle en Algérie où, du haut du balcon du gouvernement général d’Alger, il lance à la foule le fameux « je vous ai compris ». Les Français d’Algérie qui ont favorisé son retour aux affaires exultent, croyant qu’il réaffirmait ainsi sa volonté de conserver l’Algérie dans la France. Leur désillusion sera complète.

23 octobre 1958 : le général de Gaulle offre « la paix des braves » à la rébellion algérienne. Le gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA) repousse cette main tendue.

21 décembre 1958 : le général de Gaulle est élu à la présidence de la République française.

16 septembre 1959 :

De Gaulle affirme le droit à « l’autodétermination » pour les Algériens.

24 janvier 1960 :

L’agitation continue de secouer Alger et c’est le début de la « semaine des barricades » qui s’achèvera le 1 er février lorsque le camp retranché des Facultés se rend, avec à sa tête Pierre Lagaillarde.

14 juin 1960 : De Gaulle offre une nouvelle fois aux chefs de l’insurrection d’entrer en négociations.

Gérard Chauvy

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France/Monde | La longue marche de Jacques le harki

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