Bibliographie

Extraits d’« Un mensonge français » et réactions

Rédigé par : Harkis2012

Giscard, numéro de code 12b ?

A gauche comme à droite, plus nombreux qu’on ne croit furent, selon Georges-Marc Benamou, les partisans de l’Algérie française, voire de l’OAS…

Est-ce le « secret de famille » de la droite ? Giscard était-il le numéro 12b de la conspiration ? Faisait-il partie de l’OAS ? Ou bien ce serpent de mer de la vie politique n’est-il qu’affabulation, diffamation des gaullistes, comme on le dit souvent chez les giscardiens ?

Quelques figures de la droite ont affirmé la participation de Giscard à l’OAS. En particulier, Me Jacques Isorni, grand avocat connu pour avoir défendu le maréchal Pétain, et le capitaine Pierre Sergent, un des chefs de l’OAS. La révélation intervient le 2 janvier 1963. Un petit hebdomadaire belge d’extrême droite, Europe-Magazine , publie une lettre de Me Isorni adressée à Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre des Finances, après avoir été secrétaire d’Etat aux Finances de 1959 à 1962 dans le gouvernement Debré. Il l’accuse d’avoir transmis les comptes rendus des conseils ministériels au chef de l’OAS, le général Salan. Il prétend que Giscard aurait appartenu à un groupe qui aidait l’OAS, l’équipe 12. Et qu’au sein de celle-ci il aurait porté le numéro 12b, tandis qu’un autre personnage, 12a, transmettait au capitaine Sergent les renseignements donnés par VGE. Pour porter cette accusation, Isorni s’appuie sur des archives personnelles du chef de l’OAS, dans lesquelles se trouve une correspondance entre Salan et un certain Charles Cartier, chef civil de l’OAS-métro. 12a y est qualifié, par Cartier, d’agent « excellent », puisqu’il a transmis à la filière 9 (Sergent selon Isorni) des informations sur des réunions ministérielles. 12b est qualifié de « sympathisant sans plus, opportuniste qui joue son avenir d’homme politique en ménageant tout le monde, il laisse faire 12a en feignant de l’ignorer. Ne sera sûr que s’il atteint son but : remplacement du ministre des Finances. Avec 12a, nous sommes en contact permanent, confiant et amical, mais, comme moi, il est porté sur la liste des personnes à arrêter d’urgence ».

Au vu de ces documents, certains spécialistes de l’OAS, comme Rémi Kauffer, se demandent si Charles Cartier ne serait pas en réalité André Regard. 12a serait Michel Poniatowski, l’ami intime et collaborateur de Valéry Giscard d’Estaing ; Pierre Sergent a prétendu par deux fois, en 1979 et 1981, que Poniatowski l’informait de ce qui se passait au gouvernement.

Une plainte fut déposée contre Me Isorni par le ministère public pour « diffamation publique envers un membre du ministère », mais un arrêt du 17 février 1965 déclara irrecevables les poursuites exercées par le ministère public contre l’avocat. Lors de son procès, Bastien-Thiry reprit l’accusation d’Isorni.

Dans cette Atlantide de l’Algérie française, j’allais rencontrer deux témoins a priori dignes de foi ; ils allaient conforter cette thèse.

Leurs récits sur les liens entre Valéry Giscard d’Estaing et l’OAS éclairent sur la nature des relations clandestines entre les activistes de l’Algérie française et les deux jeunes gens « lancés » de la droite des années 1960, Valéry Giscard d’Estaing et Michel Poniatowski.

Le premier témoin, Robert Regard, est le fils d’André Regard, le possible « Charles Cartier », haut fonctionnaire proche de Michel Debré, membre au moment des faits du cabinet de Valéry Giscard d’Estaing, en même temps que chef clandestin de l’OAS en métropole. Le fils de Regard, polytechnicien et ancien directeur à la Police nationale, est un personnage digne de foi. Il vient confirmer les soupçons entretenus sur la violation des délibérations du conseil des ministres par Valéry Giscard d’Estaing et son entourage.

Agé de 17 ans à l’époque, Robert Regard affirme avoir été le témoin de ces « transmissions » des comptes rendus du conseil des ministres, ainsi que de nombreuses réunions de « comploteurs » au domicile de son père, 92, boulevard Malesherbes à Paris, où l’on croisait des généraux comme Salan, des députés gaullistes Algérie française et des proches de Valéry Giscard d’Estaing. Le jeune Regard se souvient avoir été lui-même le messager de son père à l’époque. A deux reprises, Valéry Giscard d’Estaing lui aurait remis ce genre de documents en mains propres.

Le second témoin est une gloire mondiale de la médecine, Jacques Mujica, pionnier du pace-maker, 70 ans au moment où je le rencontre. Mujica, médecin sous les drapeaux, avait basculé dans l’activisme de l’OAS métropolitaine après le putsch des généraux d’avril 1961. Clandestin à Paris, il s’était fait une réputation en posant des bombes dans les réunions FLN, fréquentes dans les cafés maghrébins de la banlieue. Un jour, ce terroriste distingué est convoqué au bar d’un palace parisien par un émissaire secret. Il se retrouve face à Michel Poniatowski – qu’il reconnaît. L’homme de confiance de Valéry Giscard d’Estaing, après quelques minutes de bavardage, lui commandite… un attentat contre le général de Gaulle. Stupéfaction de Mujica. Michel Poniatowski lui précise qu’il s’agit « surtout de faire du bruit », lors d’un voyage du président de la République à Strasbourg. Les deux hommes conviennent de faire sauter les motos de l’escorte présidentielle. L’opération a bien lieu. Du bruit, mais pas de victimes. Mission accomplie pour Mujica.

Harkis : un crime d’État

JohnFK

 

Selon Georges-Marc Benamou, le massacre de 70 000 supplétifs algériens de l’armée française, victimes des représailles atroces du FLN, à partir de mars 1962, fut pire qu’un abandon : un « crime d’Etat », impulsé au plus haut niveau de l’Etat français.

L’inspirateur de la « politique harkie », c’est bien de Gaulle. Pas un instant ce n’est le Premier ministre – tout juste pourrait-on reprocher à Michel Debré d’avoir été « imprévoyant » durant son passage à Matignon, en n’anticipant pas sur un repliement des harkis ; ou à Georges Pompidou d’avoir eu des sentiments humanitaires à l’égard des supplétifs, qui s’avérèrent inconséquents. Les harkis, c’est « de Gaulle en direct », comme on dit dans les rouages de l’Etat. Sur ce sujet comme sur toute chose algérienne, le président non seulement inspire la politique comme le veut la toute fraîche Constitution de 1958, mais la conduit. Et la contrôle jusqu’au moindre détail. Dès le 25 janvier 1962, alors que le flux de rapatriés européens grossit, il donne ses instructions au conseil des ministres : « On ne peut pas accepter de replier tous les musulmans qui viendraient à déclarer qu’ils ne s’entendront pas avec leur gouvernement ! Le terme de rapatriés ne s’applique évidemment pas aux musulmans ; ils ne retournent pas dans la terre de leurs pères ! […]. » Le 3 avril 1962, il lance à cette même table du conseil : « Les harkis… ce magma qui n’a servi à rien et dont il faut se débarrasser sans délai. » Le « magma », ce mot terrible prononcé devant les ministres au garde à vous – on ne plaisante pas dans les conseils des ministres – vaudra consigne.

En détaillant cet abandon des harkis par de Gaulle, on peut distinguer trois motivations. Elles furent longtemps indicibles, et elles saisissent d’effroi quand on croit les avoir mises à nu.

La première « crainte » de De Gaulle, c’était qu’à cause d’un « imprévu » la paix en Algérie ne puisse se conclure. Or les harkis comme les pieds-noirs étaient bien ce grain de sable qui risquait de venir enrayer la belle – et artificielle – mécanique des accords d’Evian.

La seconde découle de la première. Au printemps et à l’été 1962, entre de Gaulle et le FLN, comme entre Joxe et le GPRA, va s’établir une connivence. Ils ont les mêmes objectifs à court terme, le même empressement à conclure, et, de fait, adversaire commun, l’OAS, les pieds-noirs et les harkis, ce « magma ».

Et puis il y a une autre motivation, peu glorieuse et occultée par l’historiographie gaulliste. Les préjugés dix-neuviémistes de De Gaulle. Sa volonté farouche de préserver une France blanche, en rupture avec une conception moins ethnique, véhiculée par la IIIe République. Le refus d’une « invasion algérienne » : « Nous ne devons pas nous laisser envahir par la manoeuvre algérienne, qu’elle se fasse passer ou non pour des harkis ! Si nous n’y prenions garde, tous les Algériens viendraient s’installer en France ! » Ou encore « Colombey-les-Deux-Mosquées » et autres grâces… En clair, le racisme de De Gaulle. S’agissant des harkis, dans les conversations du Général, les notations méprisantes, ridicules, toujours inhumaines, fourmillent : « Des Français, ces gens-là ! Avec leurs turbans et leurs djellabas… »

Jusqu’au bout du génocide harki, de Gaulle reste intraitable, contrairement à Pompidou et à Messmer. Rien en dehors du plan ! Aucun harki ne doit dépasser du rang ! Même lorsque la machine à tuer les harkis tourne à plein régime, en juillet 1962, ces affaires sont, pour lui, de la responsabilité du gouvernement algérien, en violation de l’esprit et de la lettre des accords d’Evian. Dès lors, jamais le problème harki ne fut abordé ni au conseil des ministres ni au Comité des affaires algériennes. Jusqu’en janvier 1963, alors qu’il est encore possible de tirer des geôles algériennes des milliers de harkis, de Gaulle s’obstine dans sa criminelle attitude.

Ainsi de Gaulle savait. Et il a laissé faire.

Joxe lui aussi savait pour les harkis ; et il a entravé, en connaissance de cause, leur véritable sauvetage.

Les Premiers ministres successifs savaient. Dès les premiers massacres de harkis de mars et avril 1962, les gouvernants français furent informés.

L’armée savait. Les chefs militaires savaient, comme les officiers et la troupe. Le général Ailleret, commandant supérieur en Algérie, révélera dans ses Mémoires posthumes qu’« il était certain que les harkis auraient à subir le contrecoup d’une haine féroce en cas d’accession de l’Algérie à l’indépendance ».

Le ministre des Armées savait, mieux que quiconque probablement. Il traîna les pieds, comme on l’a dit, grogna contre l’inhumanité des mesures de De Gaulle et de Joxe, mais il ne rompit jamais.

La presse savait. Dès le mois de mai 1962, Algérie française ou anticolonialiste, elle dénonçait les tristes résultats « de cette politique imprévoyante ». Le Figaro du 28 juillet n’annonçait-il pas que « tous les anciens harkis, moghaznis, et autres partisans armés ou non de la France ont été arrêtés en masse » ?

Le monde entier redoutait un massacre des harkis. Fin mai 1962, le président Kennedy lança un appel solennel pour les sauver. Son retentissement est oublié ; mais c’est la prise de position publique de Kennedy – et la pression internationale suscitée – qui obligea alors le gouvernement français à accueillir les harkis « au compte-gouttes » en juin 1962. Il proposa même de les accueillir aux Etats-Unis.

Leçon de démocratie américaine. L’homme dont on a tant dit qu’il avait influencé de Gaulle pour accorder l’indépendance aux Algériens ne pouvait concevoir l’abandon des supplétifs.

5 juillet 1962 :

la Saint-Barthélemy des pieds-noirs

Officiellement, la guerre d’Algérie s’achève le 3 juillet 1962, avec la proclamation de la République algérienne. Deux jours plus tard, à Oran, la population musulmane se livre à une chasse à l’Européen sans que l’armée française réagisse. Une véritable « Saint-Barthélemy des pieds-noirs », dont le bilan exact n’a jamais été établi…

Vers midi, le général Katz, commandant militaire de la zone, sort enfin de son bureau. Il survole la ville en hélicoptère pour se rendre compte par lui-même de la situation. De là-haut, il peut voir – mieux que quiconque – les soldats musulmans embusqués sous les porches, tirant à l’aveuglette sur tout ce qui bouge ; ou, sur le boulevard du Deuxième-Zouave, une mitrailleuse lourde qui se déchaîne, puis une autre ; ou encore ces grappes d’hommes et de femmes qui courent vers la caserne des Zouaves pour y demander refuge. Le général Katz est en liaison constante avec ses services. Il sait tout cela. Il a même été informé de ce qui se déroule dans le hall de l’immeuble de L’Echo d’Oran assiégé. Des fuyards affolés cherchent à s’y réfugier. Ils frappent aux portes du journal, supplient qu’on les laisse entrer ; à leurs trousses, les émeutiers se rapprochent en hurlant. Le général est également informé que des musulmans ont cherché, eux aussi, à se réfugier à L’Echo d’Oran – et que, pour éviter un drame bien pire, on les a rendus aux fellaghas qui les réclamaient à l’extérieur… Survolant le front de mer, cette artère à la vue dégagée, le général Katz ne peut pas ne pas voir aussi ces dizaines de voitures calcinées avec, à l’intérieur, leurs passagers tirés comme des pigeons. Ou savoir que, près du cinéma Rex, une femme venait d’être pendue à un crochet de boucher.

A 12 h 15, une fois son inspection aérienne terminée, le général donne l’ordre formel à ses troupes de… ne pas bouger. L’armée française restera consignée dans ses casernes. Le général Katz part ensuite déjeuner à la base militaire de la Sénia. A un officier inquiet qui le presse d’intervenir, il répond : « Attendons 17 heures pour aviser. »

Le général ne donna finalement l’ordre de protéger les Européens qu’à partir de 14 h 20 – une fois son déjeuner terminé. Sans grande détermination, semble-t-il. Les premiers gendarmes mobiles ne furent opérationnels qu’à 15 h 30. Et le calme ne revint dans la ville qu’à partir de 17 heures, une fois l’armée française déployée dans Oran. Il aura fallu cinq heures pour qu’elle vienne secourir ses compatriotes.

Au lendemain du 5 juillet, l’affaire était claire pour les responsables algériens, comme pour les autorités françaises. Une provocation de l’OAS, une manifestation qui avait mal tourné. Vingt-cinq morts officiellement – l’évaluation avait été faite par le directeur de l’hôpital local, un militant du FLN.

La réalité du massacre du 5 juillet est tout autre.

Le premier rapport du général Katz, en date du 12 juillet 1962, fait état « d’une centaine de morts » – on ne peut pas suspecter celui-ci d’exagérer le nombre des victimes, il passe la fin de sa vie à minorer l’événement.

Un autre témoignage direct mérite d’être pris en considération. Il émane d’un jeune haut fonctionnaire français, assurant l’intérim du préfet à Oran ce jour-là. Il est énarque à l’époque, et s’appelle Jean-Pierre Chevènement. Il confirme que le 5 juillet 1962, au terme de cette terrible journée, les services de la préfecture effectuèrent un pointage – comme on dit – du nombre de victimes. Il s’élevait à 807 personnes – ce chiffre doit cependant être sensiblement minoré, car certains Européens ont pu fuir la ville par avion ou par bateau avant la fin de la journée. Il serait plus proche de la réalité de parler de centaines de morts. Les historiens semblent s’accorder aujourd’hui, mais à voix basse, sur deux à trois cents disparus. Des centaines de morts, et pas vingt-cinq !

Des Européens et des musulmans pris dans l’autodafé de l’indépendance. Quel symbole gênant ! On comprend pourquoi la France gaulliste, l’Algérie ben-belliste et les anticolonialistes myopes ont cherché à occulter ce massacre. Alain-Gérard Slama explique ce durable désintérêt – celui des journalistes et des historiens – par la « mauvaise place » qu’occupe le massacre du 5 juillet dans la chronologie de la guerre d’Algérie. Nulle part. A la charnière de deux histoires ; pris entre deux histoires, celle de l’Algérie française qui s’achevait, et celle de l’Algérie algérienne qui n’avait pas encore commencé, le massacre d’Oran du 5 juillet fut, comme le martyre harki, jeté dans les basses-fosses du silence.

Un massacre d’Etat disparut.

[…]

Katz n’est qu’un homme de paille. Derrière il y a de Gaulle, encore lui. Si l’armée française a mis six longues heures à intervenir, c’est pour obéir à des ordres présidentiels précis. Le 18 avril 1962, de Gaulle déclare à ses ministres : « A Alger, à Oran, c’est à nous d’agir, dans cette période transitoire – c’est-à-dire jusqu’au 1er juillet 1962. Mais, dès que nous le pourrons, nous céderons les responsabilités aux Algériens… La France n’aura plus la responsabilité de l’ordre public sur cette terre-là. » Après nous, le déluge… ! Le 24 mai 1962, il renouvelle le diktat à ses ministres : « La France ne doit plus avoir aucune responsabilité dans le maintien de l’ordre après l’autodétermination. Elle aura le devoir d’assister les autorités algériennes, mais ce sera de l’assistance technique. Si les gens s’entre-massacrent, ce sera l’affaire des nouvelles autorités. »

Pourtant l’examen des faits établit qu’en l’absence d’un protocole intérimaire sur le maintien de l’ordre la France pouvait juridiquement – selon l’article V des accords d’Evian – protéger ses ressortissants au moins jusqu’à la fin du mois de septembre ! Et a fortiori le 5 juillet. Or c’est de Gaulle lui-même qui, quelques jours avant le massacre du 5 juillet, refusa toujours – selon Alain Peyrefitte – d’user de ces prérogatives sur la protection des citoyens français. Rien n’ébranlait la détermination du Général. Pas même l’insistance de Pierre Messmer, ministre des Armées, qui demanda au Comité des affaires algériennes que l’intervention des forces armées puisse être – aussi – déclenchée à l’initiative de la France. Cette idée d’une intervention dite d’initiative fut aussitôt bloquée par le général de Gaulle. Le 23 juin, une nouvelle instruction rappela que « la France n’exerce plus de responsabilités de maintien de l’ordre, même en dernier ressort, et sauf menaces directes et graves sur ses ressortissants ». Cette instruction fut reprise par le chef d’état-major, le général Fourquet, qui ne l’appliqua pas à la lettre – surtout concernant les « menaces directes et graves sur les ressortissants ». Plusieurs versions de cet ordre circulèrent. Au bout de la chaîne de commandement, des officiers supérieurs comme le général Katz ignorèrent les subtilités introduites dans les instructions du Comité des affaires algériennes. Il reste l’essentiel : ne pas s’en mêler .

Sartre

du côté des assassins

Aux yeux de Georges-Marc Benamou, le philosophe engagé porte une lourde responsabilité : celle d’avoir légitimé la violence contre les pieds-noirs.

La vieille dame vient de lancer : « Mais Sartre, il était du côté des assassins… ! » Devant ma perplexité, elle reprend d’un air entendu, presque ironique s’il ne s’agissait de la tragédie algérienne : « Oh ! Sartre n’aurait jamais suivi les assassins… non… Il était trop orgueilleux. Il fallait qu’il soit à leur tête… ! Et que les autres suivent. »

La vieille dame, c’est Germaine Tillion. Je l’aime comme un élève de lycée aimait jadis son professeur. Mieux qu’une grande conscience, Germaine Tillion est l’un de mes rares repères fiables dans le XXe siècle français. A l’été 1940, elle était la première des résistantes, créait avec Boris Vildé le réseau du musée de l’Homme, avant d’être déportée à Ravensbrück. Ethnologue, elle connut l’Algérie de l’intérieur avant la Seconde Guerre mondiale. (…)

Depuis, j’ai relu un texte connu, mais singulièrement négligé par la plupart de mes contemporains. Un texte fou et – c’est bien là le drame – fondateur de la pensée anticolonialiste. Il est signé Jean-Paul Sartre. On y trouve ce genre de propos :

« Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre. »

Il s’agit de la préface des « Damnés de la terre », le livre de l’époque, écrit par un intellectuel martiniquais, Frantz Fanon. C’est l’événement de l’année 1961. Sa préface surtout

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