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En Camargue, les Harkis amers de passer « toujours en dernier » – Portail.maville.com

Rédigé par : Harkis2012

 

En Camargue, les Harkis amers de passer « toujours en dernier »

 

« Nous, les harkis, on passe toujours en dernier: quand on a compris ça, on a tout compris« , déclare, amer, Lahcène Boualam, évoquant l’arrivée de son père à Mas-Thibert, en Camargue, en 1962, et le sentiment que sa communauté a depuis été oubliée par les politiques.

M. Boualam, dont le père Saïd, dit le Bachaga, colonel de l’armée française et ancien vice-président de l’Assemblée, s’installa après les accords d’Evian de 1962 dans ce hameau au cœur de la Camargue, avoue « regarder cette campagne présidentielle de loin ».

« Je ne me sens pas concerné même si je pense à l’avenir de mes enfants. Depuis cinquante ans, on en a vu défiler des candidats et aucun n’a rien fait pour nous« , ajoute M. Boualam, quelque peu désabusé, en faisant visiter le site de l’ancien camp harki, dont il ne reste plus rien.

Quelques arbres pelés, des cailloux, une stèle en hommage au Bachaga et « une sorte de mausolée » où ont été accrochés des drapeaux verts aux couleurs de l’Islam, montre Tahar Habas, l’un des enfants adoptifs du haut dignitaire arrivé à Mas-Thibert alors qu’il avait 20 ans.

M. Habas est revenu vivre sa retraite en Camargue après avoir été directeur d’hôpitaux en région parisienne. Evoquant ses souvenirs d’adolescent « découvrant pour la première fois la métropole », il parle de « déracinement » mais aussi d' »humiliation »: « nous étions traités de fascistes et de collaborateurs », lâche-t-il.

C’est à Mas-Thibert, où sera installé prochainement un centre culturel dédié à la mémoire des harkis, que le Bachaga s’était installé le 18 mai 1962 après avoir acheté un mas en ruine que l’on aperçoit au loin. Avec lui, sa famille et « ses » harkis, qu’il avait réussi à sauver.

Grâce à l’aide de la mairie d’Arles, les tentes militaires prêtées au départ sont remplacées par des baraquements en bois, l’électricité et des sanitaires sont installés et le camp devient « la cité du Mazet« .

« Dans chacune des 35 baraques, vivaient deux à trois familles. Une école maternelle se trouvait de ce côté-ci de la route, ainsi qu’un petit stade« , décrit M. Habas.

Le retraité se souvient avoir dû « opter » pour la nationalité française à son arrivée, et des « 5 francs de l’époque » que le Bachaga avait réglé pour chacun de ses enfants afin qu’ils obtiennent leur certificat de nationalité française.

Les hommes, cultivateurs ou commerçants, travaillent dans les champs et les rizières. Plus tard, les harkis de la deuxième génération seront employés dans les usines autour de l’étang de Berre.

Ces baraquements ne seront détruits qu’en 1985, sur ordre de François Mitterrand, car trop insalubres. 32 familles y vivaient encore.

Un peu plus loin, le cimetière de Mas-Thibert. A l’ombre de deux imposants palmiers, se côtoient tombes musulmanes et sépultures catholiques. Au fond d’une allée, celle, toute simple « comme il l’avait désiré », du Bachaga, devant laquelle ses enfants se recueillent.

« Cette absence de reconnaissance est le plus gros regret de notre père. Tous les jours, il recevait des lettres de là-bas lui racontant les massacres », raconte le cadet, précisant avoir été élevé « dans l’amour de la France, mais également dans l’amertume de la trahison« .

« On n’en veut pas à la France mais aux politiques qui se sont succédés » depuis, résume Lahcène, agriculteur de 47 ans qui, en tant que fils du Bachaga, a interdiction de poser les pieds en Algérie.

« De toutes les façons, je ne cherche pas à y aller », lâche-t-il, « mon pays, c’est la France ».

AFP/Par Laure BRUMONT  AFP

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