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Aix-en-Provence | Jouques-Harkis : un mémorial pour ne pas oublier les ghettos

Elus, institutions et associations ont participé à l'inauguration officielle de la stèle. Photo Serge Mercier
Rédigé par : Harkis2012

La Provence.

Après le discours du Président qui a reconnu la responsabilité de l’État dans l’abandon des Harkis, une stèle a été inaugurée hier à Jouques, près d’Aix

Elus, institutions et associations ont participé à l'inauguration officielle de la stèle.  Photo Serge Mercier

Elus, institutions et associations ont participé à l’inauguration officielle de la stèle.
Photo Serge Mercier

 

Cette journée fait date. Ce mémorial doit nous permettre de ne pas oublier les baraquements, l’insalubrité, les conditions de vie de fortune qui ont marqué et marquent encore les 110 familles parquées il y a 49 ans ici, au Logis d’Anne. Des familles qui ont supporté avec patience et résignation une vie indigne, affronté et subi l’indifférence, le mépris voire l’hostilité de la population ».

Au nom du Collectif des associations de harkis du pays d’Aix, Slimane Djera a ouvert hier matin la cérémonie inaugurale du mémorial national des harkis. Une stèle d’inspiration orientale, érigée sur les lieux mêmes d’un des plus importants camps harkis, en bordure de la départementale 96 au Nord de Jouques. Une commune dont le maire actuel, Guy Albert, est revenu sur la nécessité du devoir de mémoire : « Ces familles ont été regroupées dans l’indifférence puis dans l’oubli, loin des commodités du village. Des préfabriqués insalubres, isolés, qui ont constitué un frein à leur insertion, dans des conditions indignes de la France. Cet épisode douloureux fait partie intégrante de l’histoire de notre village qui lui non-plus n’a pas été aidé pour bien accueillir les harkis. Mais aujourd’hui, a-t-il dit à l’assistance, vous êtes et serez toujours des Jouquards !« .

Avant lui, Gérard Bramoullé, adjoint aixois en charge des rapatriés, avait souligné le caractère « essentiel » du monument, « un premier acte après les mots du président de la République« , pour « reconnaître aux harkis la fraternité dont ils n’ont pas bénéficié au moment où ils auraient dû« . André Guinde, pour le Conseil général qui a cédé le terrain, a quant à lui souligné sa « joie de retrouver un élan de fraternité chez les élus de tous bords, les anciens, les enfants et petits-enfants qui garderont en mémoire cette cérémonie et ce qu’ont vécu les harkis« .

Le député de la circonscription et maire du Puy-Sainte-Réparade voisin, Jean-David Ciot, a également fait part de son émotion : « Je n’étais pas né lors de l’arrivée de ces familles au camp du Logis d’Anne. Aujourd’hui, je suis un élu de la République et je regrette qu’il ait fallu attendre un demi-siècle pour qu’un président de la République reconnaisse le sacrifice des harkis« . Et qu’on se penche sur un épisode « honteux«  pour la France. « Une honte qui s’est traduite, ici au Logis d’Anne, par faire l’école dans l’enceinte même du camp, a insisté Jean-David Ciot, assurant qu’il portera avec ses collègues parlementaires et au nom des harkis, le projet à l’Assemblée pour que les mots du président se traduisent en actes« .

Sauvegarde des lieux de mémoire

Maryse Joissains a également reconnu « avoir eu honte de nombreuses années de cet État français qui n’a pas su reconnaître les siens« . La maire d’Aix a aussitôt balayé toute idée de récupération politique : « Nous sommes ici tous liés et moi, je mets en accusation toute la communauté française pour les souffrances endurées par une communauté qui ne demandait rien d’autre que lui soient appliqués les trois grands principes de la République. Vous faites partie depuis toujours de notre communauté nationale« , a-t-elle lancé aux familles du Logis d’Anne.

Dans l’assistance, Cherif Lounès, insistait sur l’importance de reconnaître officiellement par le parlement « la responsabilité de l’État français dans l’abandon et le massacre des harkis. Ces derniers ont été trahis par des promesses non tenues, parqués dans des camps, là encore abandonnés et oubliés subissant le racisme et la discrimination. Ils y ont vécu dans les pires conditions.

Et l’universitaire, qui a imaginé la stèle avec l’architecte Arounthone Phimphavong, de poursuivre : « Il s’agit aujourd’hui de mettre en lumière cette histoire obscure et de l’enseigner. L’existence du mémorial a le mérite de rappeler ce passé, de sauvegarder ces lieux de mémoires en en faisant des sites historiques classés pour lutter contre une amnésie parfois entretenue« .

Pour clore la cérémonie, devant plusieurs centaines de personnes, le sous-préfet Lucchesi a répété les mots de François Hollande : « La mémoire des harkis est une mémoire vivante et souffrante, elle impose à la France un retour sur elle-même et sur son histoire (…)Aux descendants de harkis qui contribuent aujourd’hui à son identité et à sa vitalité, la République doit toute la transparence sur une histoire qui est non seulement la leur mais la sienne« .

Nicolas REY

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Aix-en-Provence | Jouques-Harkis : un mémorial pour ne pas oublier les ghettos

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